mardi 18 juin 2013

Chine : Les raisons pour lesquelles les asiatiques investissent dans les propriétés viticoles en France et à l'étranger par Loïc Le Roy


Le mouvement s’est accéléré au cours des trois dernières années : les chinois investissent en masse dans les domaines viticoles à l'étranger et plus particulièrement dans le Bordelais.

Quelles sont les principales raisons qui poussent ces investisseurs à acheter des châteaux en Bordelais ou ailleurs ?  Là réside l’objet de cet article.

Un achat passion

L’une des premières causes d’achat d’un vignoble français pour des investisseurs étrangers est certainement, l’achat « passion ». Amateurs éclairés, fins dégustateurs, collectionneurs , ces personnes envisagent un jour d’aller plus loin dans leur passion et de s’investir dans la production de leur produit favori. Hommes d’affaires ou artistes peuvent quelque soit leur nationalité avoir cette envie irrépressible de s’investir davantage dans la fabrication du vin.

Pour Monsieur Kwok par exemple, faire du vin à Bordeaux est la suite logique de son amour inconditionnel pour la culture française. Elevé par ses parents chinois à Saïgon au Vietnam, il dit avoir appris à admirer l’architecture française et le goût de la baguette de pain. Après un doctorat en finances à l’université de Berkeley, il a intégré une société d’investissement spécialisée dans la fourniture d’énergie, le City Group. En 1997, il se porta acquéreur du Château Haut Brisson destination de vacances de sa famille afin que s’est enfants Elaine, Karen et Howard puissent apprendre la langue française. Aujourd’hui chacun des trois enfants est propriétaire associé dans un des domaines acheté par Monsieur Kwok.

Elaine Kwok & son mari Adrian Cheong, propriétaires du château Haut-Brisson à Saint Emilion

Les vertus de l’éducation

Une autre manière de s’engager dans un investissement viticole en France pour un asiatique tient à son rapport à l’éducation familiale. C’est ce qu’exprime clairement Haiyan Cheng, propriétaire depuis 2008 du Château Latour-Laguens lorsqu’elle confie comment lui est venue son attirance pour le monde du vinicole : « Mon père adore boire du vin et pour cette raison, j’ai été fasciné par le vin quand j’étais jeune. Travailler dans ce milieu est devenu une passion et une source d’inspiration pour moi »*. 


Serge et Hélène Laguens montrant le terroir du Château Latour-Laguens à Haiyan Cheng
et à son traducteur, Yin Kai en 2008.

Une étude en marketing expérientiel menée en 2010 par P. Mora et de J. Moscarola sur l’évocation « d’une dégustation mémorable »  auprès de 122 narrateurs a montré que la consommation de vins est fortement liée aux traditions familiales. La transmission des valeurs et l’éducation prodiguées au sein de la famille sont au centre des processus de mémorisation**. Certes, cette étude a été réalisée auprès d’un échantillon de sujets français, mais il paraît reproductible dans de nombreux pays comme le laisse supposer les spécificités des habitudes de consommation inhérantes à chaque région et à chaque pays. Il semble donc plausible que ces valeurs distillées par le prisme parental soient à l’œuvre dans le désir d’acquisition d’une propriété viticole chez leur progéniture.


Etre propriétaire d’un vignoble est un symbole de puissance et de richesse

Au delà de l'éducation reçue et de la passion pour les vins, la principale cause d'un investissement asiatique dans un vignoble étranger réside dans la quête d'une reconnaissance de la part de ses congénères et d'une rentabilité rapide en visant prioritairement le marché chinois. En effet, pour un individu faire son propre vin est un symbole de puissance, de réussite et de bon goût. Le vignoble Bordelais étant le plus réputé du monde en Chine, les acquisitions se sont naturellement portées sur cette région. Richard Shen, propriétaire depuis 2011 de Laulan-Ducos, Cru Bourgeois du Médoc, souligne que son rôle consiste à « participer au respect des traditions françaises qu’il apprécie tout particulièrement ». La production et l’exportation de vins étrangers en Chine est également facilité par l’espoir de ventes exponentielles sur un marché au potentiel très prometteur. Bien sûr la menace du gouvernement chinois de taxer davantage les vins européens suite à la taxation des panneaux solaires chinois par l’Union Européenne, fait craindre un effondrement des ventes des vins européens au profit des produits chiliens déjà avantagés par une faible taxation de leur importation en Chine. Mais, cette menace qui pèse sur l’industrie vinicole du vieux continent si elle est réelle, n’est pas encore actée et dépendra au final des rapports des différentes forces politiques.


Contrôler et certifier la provenance des produits et l’authenticité des étiquettes

A ce jour, un des grands problèmes de la distribution des vins étrangers en Chine réside dans les contrefaçons et dans le manque de contrôle de l’origine des produits. Il est à noter que d’ores et déjà, sont apparues sur le marché chinois des bouteilles du Château d’Yquem 2012, alors que le fameux cru de Sauternes a annoncé la non production du millésime pour des causes climatiques défavorables cette année là précisément. Pour Monsieur Kwok, « les gens s’inquiètent des contrefaçons. Il savent que notre vin Haut Brisson n’en fait pas partie »***.

Le gouvernement chinois s’est lui-même inquiété de ces problèmes de contrefaçons suite aux nombreux  scandales de ces dernières années qui ont menacés l’équilibre et la confiance des échanges entre les fournisseurs et les consommateurs. Ces affaires qui ont mis en péril jusqu’à la sécurité alimentaire des consommateurs poussent les investisseurs chinois à garantir l’origine de leurs vins.

Créer une marque sur un marché prometteur

Le marché des vins en Chine est plein de promesse et de belles aventures. Sur un nouveau territoire à conquérir, les investisseurs chinois et étrangers ont alimenté le marché avec un grand nombre de gammes et de références. Les ventes répondant largement aux attentes des opérateurs, l'idée de lancer et pérenniser une marque s'est imposée progressivement. Une stratégie de conquête de parts de marchés de vins en Chine peut résider, par exemple, dans l'achat d'une propriété dont le nom est évocateur. En choisissant de se porter acquéreur de Latour-Laguens, sa nouvelle propriétaire Haiyan Cheng peut espérer que le vocable "Latour" créer du lien avec celui du "Château Latour" célèbre Grand Cru Classé de Pauillac. Le lancement de boutiques nommées "Latour Laguens" jouent certainement sur cette ambiguïté.

Etre le premier ou l'un des premiers à créer une marque à forte notoriété est un objectif avéré par de nombreux investisseurs chinois. La sélection d'un nom, d'une image, d'un réseau de distribution efficient sont autant d'outils au services des marketeurs. A titre d''exemple, et ce dès 2011, Richard Shen a investi en marketing environ 15 millions d'€ pour s'imposer sur le marché chinois. 


Les documents de présentation fournis par les domaines nouvellement acquis par les chinois montrent les grands facteurs du choix d’une propriété : les investisseurs asiatiques achètent d’abord une ‘Histoire’ avec un grand H ; Château du Grand Mouëys est ainsi fier « d’un chevalier templier qui en 1311 devint propriétaire et qui aurait accumulé un trésor et de grandes quantités de vins ». Les brochures font également souvent référence aux savoirs-faire et aux traditions ancestrales. Raconter une ‘belle histoire’ est une des clés du marketing pour se différencier de ses concurrents. La mise en avant des récompenses, médailles et distinctions fait aussi partie de l’arsenal promotionnel d’un vignoble.  


Un autre objectif visé par les nouveaux propriétaires chinois consiste à réaliser un retour rapide sur investissement. Faire de l'argent rapidement est une de leurs priorités. Rentabiliser l'argent investi sur un marché non mature où les marges sont très importantes est beaucoup plus facile que sur un marché mature où les marges sont faibles. Le choix de nombreux domaines acquis par des asiatiques de consacrer une grande part de la production au marché chinois répond à cette attente de forte rentabilité dans un temps très court, ce qui est bien plus difficile à réaliser sur d'autres marchés.

La puissance de feu commerciale des grandes compagnies chinoises

Jusqu’à présent, les investisseurs asiatiques se sont portés acquéreurs de domaines bien moins connus que les Grands Crus Classés du Bordelais. Cette stratégie commerciale permet d’écouler la quasi totalité de la production annuelle sur le territoire chinois, chose pratiquement impossible à réaliser pour les crus les plus renommés qui répondent aux besoins d’une demande mondiale. Il serait certainement désastreux pour un cru réputé de cesser d’approvisionner ses marchés réguliers pour ne fournir que le marché Chinois… Cela affecterait grandement l’image et la notoriété du domaine, le plongeant progressivement dans l’oubli des circuits de distribution dans le reste du monde.

La stratégie de développement du château Grand Mouëys, domaine de 170 ha dont 58 ha de vignobles, propriété de Jin Shan Zhang, illustre parfaitement la démarche des grands groupes chinois. Le domaine peut en effet bénéficier non seulement d’une force de vente de 700 employés travaillant dans les hotels, restaurants, bars et caves à vin, ou encore night clubs du groupe NingXia ; plus encore, l’entreprise affirme que ses produits sont distribués dans environ 300.000 points de ventes en Chine, offrant la possibilité d’absorber 90% de la production annuelle de la propriété.



Jin Shan Zhang, devant le château Grand Mouëys,
qu'il a acquis auprès de la famille d'origine allemande, les Bomers, propriétaires depuis 1989



Avec un nombre important de points de ventes sur le territoire ou bien avec l’impact de forces de ventes puissantes, les grands groupes chinois peuvent aisément écouler les stocks de leurs propriétés viticoles sans trop d’efforts et à des prix « stratosphériques ».

Haiyan Cheng propose les bouteilles de sa propriété vendues dans sa soixantaine de magasins  « Latour-Laguens »**** situés principalement dans les provinces de Jiansu et de Chandong dans une gamme de prix allant de 41 US$ à … 476 US$

Richard Shen auquel nous avons déjà consacré deux articles sur ce blog, commercialise son Prestige de Laulan Ducos 2.380 Yuan la bouteille soit environ 291€ et son vin haut de gamme Prestige Royal de Laulan Ducos 3.580 Yuan la bouteille soit environ 438€.

Toutefois, cette stratégie de réserver la production aux seuls consommateurs chinois pourrait évoluer dans les années qui viennent. Au cours de Vinexpo (16 au 21 juin 2013) les responsables de deux domaines distincts présents sur le salon nous ont confié leur désir de s'intéresser davantage aux marchés en dehors de la Chine. Pour Latour-Laguens, le but affiché est de modifier la stratégie commerciale adoptée depuis l'acquisition du domaine en 2008 ; selon Yilin Xu,  représentante de la propriété, il conviendra de réserver entre 5 et 10% de la production au marché français. On peut imaginer que le simple fait de produire et surtout de diffuser en France aura un impact positif sur l'image du domaine en Chine. Au château Grand Mouyës, les visées sont un peu plus larges puisqu'il s'agit d'affirmer la notoriété de la marque 'dans l'ensemble du monde' ; la propriété a d'ailleurs décidé de conserver dès l'achat certains marchés étrangers déjà existants. Etendre sa présence au niveau mondial permettra de donner au domaine une meilleure lisibilité à la marque.

Concernant l’intérêt des chinois pour les crus de moindre importance, il est envisageable dans le futur de voir les investisseurs asiatiques s’intéresser de plus prêt aux vins de grande renommée. En effet, en 2011, lors de la vente du Château Lascombes, second Grand Cru Classé de Margaux, qui s’est négocié pour la coquette somme de 200 millions d’€*****, un acheteur chinois a fait une enchère qui n’a pas été retenue. Mais enchère il y a bien eu. On peut donc imaginer que dans un avenir proche, les riches asiatiques s’élancent dans l’acquisition de domaines prestigieux.  

Une diversification et une optimisation des avoirs financiers

L’attrait des riches chinois pour les placements financiers à l’étranger obéit également à une tendance qui s’est vérifiée toute au long de l’histoire de l’humanité : la diversification et la sécurisation de ce que l’on possède.  Dès qu’un individu se trouve en possession d’une chose qui lui est chère il la met à l’abri des regards extérieurs. S’il en est d’une fortune, qu’il s’agisse d’un héritage ou d’une saga commerciale, il pense généralement et naturellement à sécuriser et à faire fructifier ses avoirs. C’est vers l’étranger qu’il dirige rapidement ses intérêts. Et s’il ne le fait pas de lui-même, ses amis, associés ou conseillers vont lui vanter tous les avantages que cette solution peut représenter : faire un placement prestigieux, acquérir une villégiature agréable, échapper à l’impôt, etc. Les stratèges de nombreux groupes de dimension mondiale ou même nationale connaissent bien ces pratiques qui consistent à mettre à l’abri de tous risques leurs ressources et de les faire fructifier.

La tentation d’investir sous de nouveaux cieux

Les investissements chinois touchent progressivement de nouvelles appellations : ainsi Ng Chi Sing Louis, siégeant au conseil d’administration de la SJM Holding Limited propriétaire de casinos et d’officines de jeu à Macao a pris possession du château Gevrey-Chambertin en Bourgogne. Son offre de 8 millions d’€ a été préférée à celle de 5 millions d’€ proposée par un groupe de viticulteurs bourguignons emmené par le président du syndicat des vignerons de Gevrey Chambertin, Michel Guillon******.

Les investisseurs chinois s’intéressent également à d’autres régions viticoles dans le monde.

Certains d’entre eux, ont notamment investi dans les vignobles californiens :
Rien qu’en 2011, trois propriétés situées à Napa Valley ont été acquises par des investisseurs chinois :
- La résidence, les vignes et l’outil de production de la Frazier Winery ont été rachetés pour 7 millions de $ par l’entreprise chinoise Zhang Winery.
- La propriété Spanos Berberian, composée de 20 acres de vignoble située sur Pritchard Hill a été achetée par un acheteur anonyme pour la somme de 15 millions de $
- Le Sloan Estate, domaine de 40 acres a été acquise 40 millions de $ par la financière Golden Financial Holdings basée à Hong Kong.

Le bordelais n'est donc pas le seul terrain de chasse des investisseurs asiatiques

Conclusion

La presse spécialisée dans un premier temps puis la presse nationale et régionale dans un second temps ont véhiculé un certain nombre d’idées sur les investissements asiatiques dans les propriétés viticoles. Pour certains, la multiplication des acquisitions par les asiatiques représente une menace pour le milieu viticole ; pour d’autres, elle représente un atout pour l’avenir. Personnellement, je soutiens cette seconde thèse. Loin d’être un danger, l’arrivée de nouveaux investisseurs sur des domaines qui souffrent face à la crise est une bénédiction. En effet, la plupart des acheteurs procèdent à de lourds investissements sur leurs domaines aussi bien en terme d’amélioration des structures immobilières, que des outils de production et de la gestion des ressources humaines. Certains des dirigeants de ces propriétés nouvellement acquises ont ainsi décidé d’embaucher du personnel supplémentaire, de procéder à des promotions au sein de l’entreprise ou encore d’augmenter les rémunérations de leurs salariés comme ce fut le cas au Château Laulan Ducos par exemple. En juin 2013, le groupe Moutai, acquéreur pour environ 20 millions d'€ du château Loudenne, 56 ha en AOC Médoc, annonçait qu'il injecterait 5 millions d'€ afin d'améliorer l'outil de production

Enfin, si l’on regarde les chiffres plus précisément, les achats de propriétés viticoles en Bordelais par des sujets asiatiques ont représenté à ce jour un peu plus de 50 domaines sur un total de plus de 7400 unités de production. Une goutte d’eau dans un océan de vin…


Ressources
* Pierre Mora & Jean Moscarola « Representations of the emotions associated with a wine purchasing or consumption experience », International Journal of Consumer Studies, 34, (2010) 674-683.
** « Oenophile Chines Purchase Bordeaux fo $470 Mainland Bottles » by Elin McCoy, Blommberg Markest Magazine, 24 février 2012.
*** Ibid précédente note

**** Après avoir ouvert une dizaine de magasins en Chine au nom de « Latour Laguens » juste après l’acquisition du domaine, Haiyan Cheng a poursuivi l’expansion de son réseau avec une quarantaine de magasins en 2012 et une soixantaine en 2013. Une première moitié de cette expansion s’est faîte sur des fonds propres et l’autre moitié est exploitée en franchise.
***** Le château Lascombes, 93 hectares de vignes à Margaux a été acheté par la MACSF, la mutuelle de professionnels de la santé qui a procédé à sa première acquisition dans le monde viticole. Cette nouvelle orientation stratégique voulu par Marcel Khan, son président, a soulevé la réprobation de nombreux médecins adhérents.
****** Revue des Vins de France n°565, octobre 2012, p14


Liste des investissements et acquisitions par des investisseurs asiatiques

-1997 : Château Haut Brisson, 13 ha de vignes en A.O.C Saint Emilion Grand Cru, racheté par Peter Kwok, homme d’affaire d’origine taiwanaise avec sa fille Elaine, 32 ans. En 2010, le domaine a acquis trois hectares supplémentaires portant le total du vignoble à 16 hectares
- 2008 : Château Latour-Laguens, 60 ha en A.O.C. Bordeaux, racheté par Haiyan Cheng, fille de l’importateur de vins Longhai International Trading Co. Le prix de la propriété est estimée à environ 2,7 millions d'€
- 2009 : Château Richelieu, Fronsac, vendu à la Hong Kong A&A International
- Château Vieux Brondeau, A.O.C Bordeaux dans l'entre-deux-mers, acheté par Zheijiang Cy 
- 2010 : Château Chenu Lafitte, Côtes de Bourg, acquit par Cheng Qu pour une somme estimée à 10 millions d’€.
- 2011 : château La Roche-Pressac, AOC Castillon, a été racheté par la société Skyvast Properties, basée à Hong Kong
- 2011 : Château de Viaud, 20 ha en Lalande de Pomerol, vendu par Philippe Raoux - propriétaire par ailleurs du Château d’Arsac – au groupe COFCO (société agro-alimentaire détenue par l’Etat Chinois et partenaire du groupe Castel) pour une somme estimée à 10 millions d’euros.
- 2011 Le château Tour Saint-Christophe appartient désormais à Peter Kwok en partenariat avec sa fille Karen, 27 ans
2011 Château Barateau, à Saint Laurent Médoc acheté par Marvelke Wine Group
- Janvier 2011 : Château de la Salle, 25 hectares en Côte de Blaye, racheté par la société Zhingai Real Estate, promoteur immobilier. Cette vente a été contestée par chacune des deux parties - le vendeur et l’acheteur. 
- Février 2011 : Château Lagarosse, 32 ha à Tabanac vendu par Adams French Vineyards à l’investisseur chinois Steve Loo Chung-Keung de Carlico International, importateur de nourritures et de boissons.
- Décembre 2011 : Château Monlot, AOC Saint Emilion racheté par la célèbre actrice chinoise Zhao Wei
- Décembre 2011 : Château Lezongars, vendu par les britanniques Philip et Sarah Iles au groupe Dashan, propriétaire de magasins et de supermarchés.
Décembre 2011 : Le Château Roques Rouge à l’origine une partie du Château Lezongars a été inclus dans la transaction précédente
- Février 2012 : Château Grand Moueÿs, 58 hectares situés à Capian en Côtes de Bordeaux racheté par Jin Shan Zhang, fondateur de la société NingXia Company (1966), qui emploie aujourd’hui 1200 personnes dans ses agences de voyages, restaurants et imprimeries.  
- 2012 : Peter Kwok fait l’acquisition avec son fils âgé de 24 ans Howard du Château La Patache, domaine de 3,18 ha en Pomerol
- 2012 : Monsieur Fu Hao achète le château Pey Berland à Moulis doté d'une activité hôtelière avec 8 chambres et d'un hectare de vignes produisant environ 5.000 bouteilles par an.
- 2012 : le château Lucas, 12 hectares en A.O.C Côtes de Castillon est vendu à l'architecte Wencheng Li
- Le château Barateau à Listrac, acquis par le groupe chinois Marvelake Wine
- Château Lafon à Listrac, acquis par ce même groupe  
- Le château Cugat, vendu à un consortium chinois
- Le milliardaire Cheng Qu président de Haichang Group spécialisé dans l’acheminement du pétrole a fait l’acquisition de cinq propriétés dans le Bordelais dont : le château Grand Branet, A.O.C Bordeaux vendu par Manvielle, le château Laurette à Sainte Coix du Mont, le château Thebot à Saint André et Appelles, A.O.C Bordeaux, près de Sainte Foy, le château Branda à Fronsac vendu par la famille Lesgourges fin 2011
2013 : Ce même Cheng Qu s’est porté également acquéreur des 24 ha du Château L’enclos situé à Sainte Foy la Grande
2013 : les 44 hectares du Château de Pic à Cadillac a été vendu à Monsieur Wu, distributeur de l’alcool blanc Baijiu
2013 : l’architecte chinois Wencheng Li a acquis les parts du Château Lafleur Jonquet, 9 hectares de vignes dont 7,5 ha en rouge et 1,5 ha en blanc sur l’appellation des Graves.
2013 : les 9 hectares du Château Patarabet à Saint Emilion, propriété de la famille Gombeau-Bordas depuis 1920  a été  achetée par un investisseur originaire de Singapour
Mars 2013 : Château Loudenne, domaine de 100 ha dont 56 ha de vignes à Saint-Yzans-de-Médoc, vendu par la famille Lafragette au groupe Moutai premier groupe de spiritueux en Chine (4,4 milliards d'€ de chiffre d'affaire). Estimation de l'acquisition : 20 millions d'€. Le groupe Moutai prévoit la transformation des chambres d'hôtes en une structure luxueuse comprenant 22 chambres et 14 petits chalets.
Avril 2013 : Château Plain Point 55 hectares sur la commune de Saint Aignan, A.O.C Fronsac, vendu par Michel Aroldi à l'artiste chinoise Zaho Wei, déjà propriétaire du Château Monlot à Saint Emilion
Mai 2013 : Château La Commanderie, 6 ha en A.O.C Pomerol, propriété de la famille Dé, vendue à la suite de problèmes de succession à un Mr et Mme Kuk, un jeune couple d’agents immobiliers de Hongkong à la tête de la société Grace Star Development
Juin 2013 : trois châteaux appartenant à la famille Rolland ont été vendus au groupe d’investissement hongkongais Goldin Financial Holdings Limited dirigé par Pan Sutong. Il s’agit du Château Bon-Pasteur – 6,62 ha en Pomerol, du Château Rolland-Maillet - 3,35 ha en Saint Emilion et du Château Bertineau-Saint-Vincent – 5,5 ha en Lalande de Pomerol. La valeur de la transaction a été estimée par la presse française à 15 millions d’€. Pan Sutong, président de Goldin Financial Limited est déjà propriétaire de Sloan Estate, un domaine renomné de la Napa Valley en Californiedont Michel Rolland est l'oenologue conseil. 
Juillet 2013 : le Château Moulin à Vent, domaine de 40 hectares dont 25 ha de vignes en A.O.C Moulis a été vendu par Dominique Hessel, ancien président du syndicat des crus bourgeois du médoc à la famille You. Propriétaire d'un groupe pharmaceutique, les You ont développé un réseau de distribution de vins 


Biographie de l’auteur :
Loïc Le Roy est bordelais. Il réside à Montréal au Canada depuis 2016. 
Après avoir suivi des études en marketing, techniques de commercialisation et exportation à Bordeaux, il a travaillé une dizaine d’années en tant que responsable des ventes pour un groupe agro-alimentaire international, diffusant une large gamme de produits  destinés aux enseignes de la Grande Distribution. En 1989, Loïc s’oriente vers le coaching en performance auprès de capitaines d’industrie en Asie. A partir de 1994,  par le biais de dirigeants d’entreprises, il met en place des formations spécifiques en préparation psychologique destinées aux athlètes de haut niveau. Son attrait pour la performance humaine l’a amené à présenter en 2008 une thèse en Sciences du Sport à l’Université de Bordeaux intitulée : « La préparation psychologique du sportif : l’esprit et la performance du Moyen Age à nos jours ».
Dès 1999, enseigne dans plusieurs écoles de commerce le management des unités commerciales, la communication et le marketing du vin. 
Depuis avril 2012, il publie des articles sur son blog Mémoires de Vins
En 2014, il s'est spécialisé en "psychologie de la dégustation des vins et spiritueux" ; l'objectif étant d'aider les participants à mieux comprendre, appréhender et gérer les processus perceptifs et émotionnels à l'oeuvre au cours des dégustations. 

Il conçoit et édite des programmes axés sur la performance humaine qui sont accessibles sur son site loicleroyonline.com

Depuis 2016, il est également chroniqueur vin.

mardi 8 janvier 2013

Chine : Qu'apprendre de l'insolente réussite du Château Laulan Ducos ? par Loïc Le Roy - part 2


Aujourd’hui que peut-on apprendre du succès fulgurant du Château Laulan-Ducos en Chine ?

En une année seulement, les responsables du Château Laulan Ducos ont construit une véritable boîte à outil de solutions marketing destinée à ses distributeurs et revendeurs. Cette série d’outils efficaces couvre de noubreux aspects de la commercialisation : classification du produit, marketing de marque, partenariat avec es réseaux de distribution, opérations de relations publiques, slogan, publicité, etc.

Adoptant une stratégie de « localisation » d’une marque internationale, le château Laulan Ducos ne propose pas uniquement un produit acheté par des commerçants et destiné à être vendu… Mais il offre un véritable mode de vie qui correspond aux aspirations des nouveaux consommateurs chinois à partir d’un slogan simple : Life is to share – ‘La vie a besoin d’être partagée’... Sous-entendu, partageons ensemble les bons moments de l’existence.

Etudions maintenant les facteurs clés qui peuvent expliquer le succès de la marque Château-Laulan en Chine :





1. Une acquisition de qualité



Le premier facteur qui a contribué à la réussite de Laulan Ducos concerne la notoriété et le potentiel de la propriété acquise et de ses produits : pour Richard Shen Dongun, 42 ans, propriétaire de TESiRO  - chaîne de 400 bijouteries haut de gamme en Chine pour un chiffre d'affaires d'environ 15 Millions d'euros et employant environ 3.000 personnes - "c'est la qualité qui doit être le critère le plus important pour juger d'un vin". Pendant douze mois, le riche investisseur chinois a visité une cinquantaine de domaines avant de jeter son dévolu sur Laulan-Ducos, un cru bourgeois du médoc dont il apprécie tout particulièrement l'encépagement dominant de cabernet-sauvignon (1)


Richard Shen devant le sigle de son château
Selon lui, la nature de ce cépage correspond assez bien aux attentes gustatives de ses compatriotes. Monsieur Shen a été guidé dans sa recherche de propriété viticole par l'oenologue Claude Lénard, alors âgé de 88 ans, qui lui a présenté le château de la famille Ducos, alors propriétaire des lieux.

Richard Shen a trouvé dans les produits présentés par la famille Ducos un gage de qualité : Laulan Ducos a en effet obtenu 32 récompenses internationales sur les dix dernières années et a été recommandé à 17 reprises par le plus célèbre des vins français, le Guide Hachette des Vins. "C'était pour nous une preuve de qualité", confirme l'homme d'affaires.

Celui-ci souhaitait également que la vente se fasse rapidement, chose dont il se félicite aujourd'hui : "il ne nous a fallu qu'environ dix mois pour tout ficeler, là où en temps normal il aurait fallu trois ans". Selon Richard Shen, si l'acquisition s'est faite si rapidement c'est parce qu'il a renoncé à revendiquer un certain nombre de droits : "En dépensant quelques millions de yuans supplémentaires, j'ai pu abréger le processus, et de toute façon le marché nous les rendra..."(2)


2. Raconter une "belle histoire", l'axe préféré des 'marketeurs' 

Un second aspect essentiel aux yeux de Mr. Shen concernait le passé historique de la propriété car c'est à partir d'un passé riche que peuvent s'écrire les plus belles histoires 'marketing' : "Quand on achète un château, on en a la propriété intellectuelle. Il y a tout un patrimoine culturel associé au nom. J'ai acheté une histoire" se félicite Shen Dongjun (3). Pour de nombreux propriétaires bordelais, y compris les dirigeants  des grands crus classés, raconter une belle histoire sur le produit, c'est déjà intéresser le futur acheteur et plus encore, le fidéliser. Au delà du nom du domaine, il se souviendra de son histoire singulière...


3. Donner un nom prononçable dans la langue du pays d'accueil

A partir de 2012, Richard Shen a donné un deuxième nom chinois au Château Laulan-Ducos, celui de Lelang. Un nom facile à prononcer et à retenir comme peut l'être celui du célèbre Château Lafite-Rothschild qui se nomme Lafei en Chine. Cette traduction simple est sans doute un des critères qui a facilité l'implantation de ce grand cru bordelais sur le marché chinois. Souvent les français cherchent des transcriptions compliquée en chinois, pensant que c'est signe d'élégance et de sophistication. Mais sur le terrain la réalité est tout autre en terme de marketing : plus le nom est court et aisément prononçable, plus il s'ancre facilement dans l'esprit des consommateurs.

C'est donc sous le patronyme Lelang que le nouveau propriétaire compte acheter d'autres vins afin de les commercialiser en Chine, car selon lui la production du château Laulan-Ducos sera insuffisante pour la Chine :"Compte tenu de la manière dont les chinois boivent, les salariés d'un seul service des transports publics de Pékin seraient capable d'écluser à eux seuls tout le stock" (4). A partir de cette constatation, l'homme d'affaires a l'intention de passer commande auprès d'autres domaines et de commercialiser ces crus sous l'étiquette Lelang afin d'attirer l'attention des consommateurs et de les  fidéliser sur des produits sélectionnés. 


4. Positionnement ou Repositionnement de la marque

Un des facteurs qui a contribué à la réussite de Laulan Ducos est certainement la nécessité de définir un positionnement de la marque pour l’adapter au marché chinois.

Pour cela, il est bon de pointer les spécificités de ce nouveau débouché commercial : alors que le vin est un produit de consommation courante en occident, il est considéré comme un produit de luxe en Chine. Il se consomme au cours des grandes occasions, des événements festifs ou bien pour faire du show off c'est-à-dire pour 'épater la galerie'. Les codes associés à la consommation du vin rejoignent l'idée de "l'art de vivre à la française" : des moments empreints de romantisme, d'élégance, de raffinement, de tradition et d'histoire. Au delà de ces instants voué au luxe il est nécessaire d'y ajouter l'idée que 'consommer du vin maintien en bonne santé'.

Plusieurs niveaux de lecture sont possibles pour appréhender le positionnement d’un produit sur un marché : puisssance d’un réseau de distribution, définition d’une stratégie internationale, innovation marketing, etc. Prenons plusieurs exemples concrets : le groupe bordelais Castel doit certainement sa réussite au choix de son partenaire chinois qui a su mettre à son service un solide réseau de distribution. De ce fait, la diffusion de très grands crus bordelais a largement construit la réputation du groupe Castel en Chine. Le succès du Château Lafite Rothschild dans l’Empire du Milieu doit certes beaucoup à la manière dont il a été distribué mais également à l’image internationale qui le caractérise : une image incarnant à la fois une idée du luxe, la résonnance d’un nom célèbre (la famille Rothschild) gage de sérieux et d’un passé prestigieux.

La réussite de Laulan Ducos tiendrait davantage de l’innovation marketing. Le château n’a pas d’origine luxueuse et ne repose pas sur l’assise d’un réseau de distribution domestique puissant. Il s’est appliqué à se re-positionner en fonction du marché chinois et surtout en fonction de ses manques : un marché très jeune, dans lequel le consommateur a des difficultés à définir ses choix face à une offre pléthorique d’étiquettes diverses et disparates. Un univers dans lequel le  « marketing de marque » ne s’est pas encore imposé. La variété infinie des vins proposés à la vente ne facilite pas la reconnaissance d’une marque en particulier comme peuvent l’être les grandes marques internationales telles que Mac Donald ou Coca-Cola.

La force de Laulan-Ducos est de s’être re-positionner sur un marché sur lequel seuls les très grands vins bénéficient d’une reconnaissance immédiate. C’est un challenge difficile dans un pays qui n’a pas encore été gagné par  le marketing de marque…

Le premier obstacle consistait à dépasser la méconnaissance de la culture du vin, des vignobles et des productions par une très grande majorité de chinois. Acheter une bouteille d’un vin localisé dans une célèbre zone de production, le Bordelais, propriété d’un compatriote chinois ayant réussi dans les affaires renforce la confiance du consommateur.

Le second obstacle concernait la zone de production du château située dans la partie nord du Médoc réputée moins qualitative comparativement à plusieurs appellations médocaines prestigieuses (Margaux, Pauillac, Saint Julien, Saint Estèphe). Les produits du Nord Médoc et notamment ceux de Jau-Dignac-Loirac, situés près de marais salans, ont toujours eu beaucoup plus de difficultés à se vendre que les zones de productions.

Le troisième obstacle consiste à faire monter en gamme un château appartenant à la catégorie "Cru Bourgeois". La distinction a été conservée par la nouvelle équipe qui se lance le défi de faire accepter un cru bourgeois, certes de très bonne qualité, comme un produit d'entrée de haut de gamme alors que la concurrence est rude.

Le quatrième obstacle se rapporte à l’évolution rapide du marché chinois et de ses consommateurs. En adoptant un positionnement « moyenne gamme supérieure / entrée de haut de gamme » en tant que « Crus Bourgeois », le château vise un cœur de cible en plein développement : la classe moyenne chinoise. Les actions marketing sont engagées sur cet axe qui consiste à démontrer aux acheteurs finaux que les grands vins ne sont pas réservés aux riches mais que la classe moyenne peut, elle aussi, accéder à un grand vin de Bordeaux à moindre coût : c’est ce que résumait Richard Shen en janvier 2012 : « Je veux que les chinois boivent le meilleur vin à un prix raisonnable »(5).


5. Communiquer de manière directionnelle : « S’adresser au cœur de cible »

Le marché des vins importés en Chine est marqué par la confusion : la qualité et la tarification des produits est très inégale. Le marché actuel manque de guidance en matière de marque, la majorité des consommateurs choisissant leurs vins en fonction des actions promotionnelles et/ou des périodes de célébration. De plus, la plupart des producteurs et des importateurs investissant très peu en termes de communication de marque, préférant insister sur la provenance des produits (Vin de Bordeaux – Vin Chilien ou Vin Australien, etc.) et sur le positionnement tarifaire. De fait, il existe une véritable difficulté pour le consommateur chinois à choisir un produit. Ces pratiques de consommation sous entendent un degré de fidélité à une marque jugé comme étant ‘très faible’.

Le château Laulan Ducos a basé sa stratégie d’implantation sur un cœur de cible défini à l’avance. Tout le plan d’action marketing a été pensé pour répondre aux attentes des consommateurs de la classe « moyennne supérieure » qui représentent certainement le futur de la consommation de vin en Chine.  La récente étude réalisée par l’agence spécialisée Wine Intelligence, évalue à 19 millions de consommateur cette catégorie sociale (6). 

Ces dernières années, Laulan Ducos se vendait principalement en France, aux U.S.A, en Belgique et au Japon. Mais à partir de septembre 2011, Richard Shen connu aussi sous le nom de Shen Dongjun l’a lancé sur le marché chinois sous les marques Prestige de Laulan Ducos (2.380 Yuan la bouteille / environ 291€) et Prestige Royal de Laulan Ducos (3.580 Yuan la bouteille / environ 438€). Son but avéré est de réserver l’ensemble de la production au seul marché chinois. Entre 2011 et 2013 le chiffre d'affaires devrait exploser pour atteindre certainement 10 millions d’euros en 2013 (7). En effet l'objectif affiché par Monsieur Shen est de réaliser avec ses vins un chiffre d'affaires comparable à celui atteint avec ses ventes de diamant en Chine soit environ 150 millions de Yuans (un peu plus de 15 millions d'euros) par an. Le calcul est rapidement fait... 150.000 bouteilles à 1000 Yuans l'unité lui permettrait bien d'atteindre la somme de 150 millions de Yuans.


6. Choisir des outils de communication performants

La classe moyenne constitue le cœur de cible du château Laulan Ducos. L’analyse des conditions de vie de cette classe sociale en pleine expansion fait apparaître que ses membres passent une grande partie de leur temps à travailler, qu’ils se détendent en sortant entre amis, en fréquentant les bars ou les night-clubs. Ils semblent peut touchés par les informations venant des médias de masse, tels que les publicités télévisées ou radiophoniques, préférant souvent les outils de communucation hors média de masse. Cette catégorie sociale est plus influencée par un arsenal d’outils tels que : la presse spécialisée, les revues axées sur la promotion du luxe ; les salons professionnels, les évements sociaux du type « Grande Dégustation », les lettres d’information (Newsletters), les e-mail de promotion,  les systèmes de cartes de membre, etc.

En ce qui concerne, le château Laulan Ducos, il a choisi d’accès sa communication sur l’image de la beauté et du luxe en faisant appel à l’actrice superstar Zhang Ziyi, célèbre star en Chine. La décision de Shen de choisir une célébrité telle que Zhang pour incarner sa marque laisse entrevoir sa stratégie marketing en Chine : "Non seulement cela connote d'un statut haut de gamme sur le marché domestique, mais en plus cela montre aussi la détermination de la marque à devenir l'un des leaders du marché des vins importés" (8). Parallèlement, il a sponsorisé des événements de qualité (festival de films – Berlin, Cannes, etc)

Richard Shen & Zhang Ziyi à Laulan Ducos

Richard Shen s’est également attaché à développer l’image de marque de ses produits sur les réseaux sociaux : Weibo est un site de microblogging très populaire en Chine puisqu’il rassemble plus 30% des utilisateurs d’internet. Le château Laulan Ducos y possède sa page qui regroupait plus de 20.000 fans. En complément, les produits peuvent bénéficier des connections provenant du site de l’actrice Zhang Ziyi qui regroupe plus de 180.000 suiveurs (9).


Conclusion

Si le marché chinois n’est pas encore arrivé à maturité - exception faite de célèbres producteurs (les vins prestigieux) s’adressant à une très petite partie des consommateurs (les riches chinois) – la majorité des vins importés en Chine sont orientés vers une commercialisation avec pour but un profit immédiat et rares sont ceux qui ont opté pour une « commercialisation de marque » visant à la fois l’immédiateté des bénéfices et dans le même temps une vision à long terme favorisant une répétivité des actes d’achat.

Le château Laulan Ducos fait partie de cette catégorie qui allie une lisibilité de l’immédiat et une véritable stratégie à moyen et long terme. Destiné à être un « vin de tous les jours », le château Laulan Ducos est devenu en quelques mois un véritable produit de luxe au tarif inaccessible.  

Toutefois certaines réserves sont à mettre en avant en matière de commercialisation :

Tout d'abord, la notion de prix du produit pour l'acheteur final. Le château Laulan Ducos est positionné en matière de tarification à un niveau bien supérieure à ce qu'il devrait être... Avant l'achat de la propriété par Richard Shen le prix d'une bouteille de Laulan-Ducos était aux alentours de 8€ départ  chai... Aujourd'hui, la cuvée Prestige est achetée 291€ et la Prestige Royal 438€ par le consommateur final chinois. Un prix qui s'avère dix fois supérieur à ce qu'il devrait être. En comparaison, le cru bourgeois Laulan Ducos est trois fois plus cher qu'un Pontet Canet qui se situe dans une gamme qualitative bien supérieure. Pour un prix bien inférieur, l'acheteur chinois peut acquérir un grand cru classé tel que château Palmer ou Montrose.

Ensuite, cette stratégie de prix qui s'avère gagnante aujourd'hui se révèle être très dangereuse à moyen terme. En effet, à ce jour la quasi-totalité des consommateurs de vin en Chine ne connaissent pratiquement rien au vin. Leur acte d'achat est dirigé principalement par l'image et la notoriété du produit. Un vin bien "marketé" peut sur le court terme trouver sa place sur un marché. Mais qu'en sera-t-il lorsque les consommateurs vont acquérir, par le biais des écoles et des dégustations par exemple, un certain niveau d'expertise 'produit' ? Il y a fort à parier qu'avec de meilleures connaissances en matière de vin, les acheteurs chinois de la classe moyenne se détourneront de l'achat d'un produit de luxe pour s'orienter vers la recherche d'un produit ayant un bon rapport qualité-prix.

Devant le développement rapide du marché chinois des vins importés, il paraît évident que la compétition va devenir de plus en plus rude entre pays producteurs, importateurs et producteurs. La prochaine étape de ces vins en Chine s’orientera certainement vers des investissements conséquents en matière de développement de l’identité des marques.





1 Article paru dans Cuisine et vins, Canada, consultable sur :
http://fr.canoe.ca/artdevivre/cuisine/article1/2011/03/07/17524901-relaxnews.html

2 Article intitulé "Bordeaux et sa région : du vin 100% raisin" Courrier International, par Xin Shiji Zhoukan, 13 octobre 2011 (extrait d'article publié dans Xin Shiji Zhoukan, hebdomadaire économique publié à 200.000 exemplaires à Pékin)
http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/13/du-vin-100-raisin

3 "Ces chinois qui achètent le Bordelais" par Brice Pedroletti - Dalian (Chine), Le Monde, 30 mai 2012.
http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/05/30/ces-chinois-qui-achetent-le bordelais_1709705_3208.html

4 Ibid, Courrier International

5 « Jeweler takes ambitious plunge » by Xiao Xiangyi - China Daily, 13 janvier 2012.

6 Rapport China Landscape Study - Wine Intelligence : étude internet réalisée en octobre 2012 auprès de 1.000 consommateurs chinois de vins importés appartenant à la classe moyenne supérieure.  Les personnes sondées sont originaires de Pékin, Shangaï, Guangzhou, Wuhan, Chengdu et Shenyang. Des interviews - menés en septembre et octobre 2012 - d’une dizaine de professionnels du commerce des vins établis en Chine sont venus compléter les données de l’enquête.

7 « Jeweler takes ambitious plunge » by Xiao Xiangyi - China Daily, 13 janvier 2012.

8 Blog Chine l'empire du luxe, toute l'actualité du luxe en chine, Article publié le 22 juin 2011 :
http://chinelempireduluxe.eklablog.com/vin-et-spiritueux-c611693

9 Yanran LI - Mémoire de Master 2 - International Management  : Key Factors for the Success of Wine Brand Communication in China, Internship Report, IAE Université Montesquieu - Bordeaux 4, Octobre 2012, p 46.


Contact

Adresse : Château Laulan Ducos, 33590 Jau-Dignac-Loirac
Internet : www.laulanducos.com
TESiRO bureau à Nanjing, Chine : +86 (0) 25 52486.897


Biographie de l’auteur :
Loïc Le Roy est bordelais. Il réside à Montréal au Canada depuis 2016. 
Après avoir suivi des études en marketing, techniques de commercialisation et exportation à Bordeaux, il a travaillé une dizaine d’années en tant que responsable des ventes pour un groupe agro-alimentaire international, diffusant une large gamme de produits  destinés aux enseignes de la Grande Distribution. En 1989, Loïc s’oriente vers le coaching en performance auprès de capitaines d’industrie en Asie. A partir de 1994,  par le biais de dirigeants d’entreprises, il met en place des formations spécifiques en préparation psychologique destinées aux athlètes de haut niveau. Son attrait pour la performance humaine l’a amené à présenter en 2008 une thèse en Sciences du Sport à l’Université de Bordeaux intitulée : « La préparation psychologique du sportif : l’esprit et la performance du Moyen Age à nos jours ».
Dès 1999, enseigne dans plusieurs écoles de commerce le management des unités commerciales, la communication et le marketing du vin. 
Depuis avril 2012, il publie des articles sur son blog Mémoires de Vins
En 2014, il s'est spécialisé en "psychologie de la dégustation des vins et spiritueux" ; l'objectif étant d'aider les participants à mieux comprendre, appréhender et gérer les processus perceptifs et émotionnels à l'oeuvre au cours des dégustations. 

Il conçoit et édite des programmes axés sur la performance humaine qui sont accessibles sur son site loicleroyonline.com

Depuis 2016, il est également chroniqueur vin.